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Hypersexualisation vs suppression de la sexualité féminine: être soi-même en 2019

Récemment un mec m’a abordée en me sortant la phrase suivante: “toi t’as l’air d’aimer qu’on te prenne contre un mur”. Jusque la rien de bien méchant, honnêtement au début ça m’a juste fait rire. Puis je me suis rendue compte qu’il ne s’agit que d’un truc s’inscrivant dans une longue ligne d’autres événements similaires. Je m’explique, je suis en fait lasse de laisser les autres m’attribuer une image et me juger sur des apparences. Soit on se permet de me faire des réflexions carrément déplacées sous prétexte que l’image que je donne de moi permet de genre de débordement, soit on m’attaque sur mon image en voulant réprimer certains aspects de ma personnalité. Je réalise que ça n’arrive pas qu’occasionnellement mais presque tous les jours. Je suis en fait très lasse.

Etant une jeune femme de 28 ans, entièrement indépendante, ouverte d’esprit et libérée, je renvoie une certaine image de moi. Ce qui m’est complètement égal car je prône la liberté de penser et d’agir. Je peux facilement donner l’image d’une femme sexy, provocante, qui parle trop de cul.  La vérité c’est que je suis simplement à l’aise avec mon corps et ma sexualité. Ça dérange les gens, plus précisément les hommes. 

Le truc c’est que je me prends sans cesse des remarques désobligeantes à la figure, des réflexions déplacées, ainsi que l’insécurité des autres en pleine face. Une femme qui s’assume ça dérange, ça fait peur aussi. J’ai commencé à me demander pourquoi et si le problème ne venait pas de moi: peut-être que je donne une image de moi qui est fausse, à mon détriment. Peut-être que si je dérange tant, je ferai mieux de changer

Mais en fait, pourquoi devrai-je changer au juste? À cause du regard des autres? Non je ne crois pas. Cela s’inscrit en fait dans une longue lignée de volonté de suppression de la sexualité féminine, imposée par une société prônant pourtant l’hypersexualisation dans tous les milieux et tous les domaines. Hypocrite much? En tant que femme j’en fais l’expérience au quotidien, voici donc un article qui explique pourquoi il est important d’être soi même et de s’en foutre du jugement des autres. Il me tient particulièrement à cœur; il ne s’agit pas de régler des comptes mais de défendre mon point de vue et ma liberté tout simplement.

Contexte

Je fais partie d’une génération libre, libérée. Les femmes comme les hommes de mon âge ont des “mœurs plus légères” que les générations précédentes. On fait plus de rencontres, on n’attend plus le mariage pour avoir des relations sexuelles. Nous les multiplions même, ainsi que tout type d’expérience, tout simplement car nous le pouvons. Il ne s’agit pas de me mettre dans le même sac que tous les jeunes de mon âge mais plutôt de donner un contexte. Je fais partie de cette génération, j’ai moi aussi eu plusieurs relations et différents partenaires. Je date, je m’amuse et j’assume. En plus de ça il s’avère que les relations humaines me passionnent. Forcement l’amour et le sexe sont des thèmes récurrents, très présents dans mon quotidien. 

Ensuite, pour continuer dans le contexte, je fais partie d’une génération dont la norme est l’hypersexualisation. C’est simple le cul ca fait vendre, ça on l’a bien compris. Le sexe est omniprésent, qu’il s’agisse de vendre des déodorants ou d’objectiver le corps de la femme à tout va, tout simplement. Le truc drôle, c’est qu’en parallèle on continue d’attendre des femmes qu’elles soient sexy mais surtout pas trop, sinon on les traitera de grosses salopes. 

Mon image

Comme je ne me soucie que très rarement de ce qu’on pense de moi, je ne m’étais pas rendue compte que j’ai tendance à donner une image hypersexualisée de moi même. Déjà, il faut le dire, j’aime le sexe. Un peu comme la plupart des gens. En tant que jeune femme, je suis à l’aise avec mon corps mais aussi avec ma sexualité. J’en joue, je fais ce qui me plaît. La nudité ne me gêne pas, elle n’est pas tabou, qu’il s’agisse des autres ou de moi-même. 

Je parle beaucoup de sexe, comme je parle beaucoup d’autres sujets. Hypocrites que nous sommes, le sexe reste cependant un réel sujet tabou. Ensuite, je suis très ouverte d’esprit, expérimentée dans plusieurs domaines. Je suis ouverte à la discussion, à la réflexion, à la nouveauté. J’agis et je parle librement, comme bon me semble.

Quand il s’agit de parler de cul ou des faire des blagues de cul, les hommes sont généralement les premiers. Quand un mec sort un truc bien salace, ça passe facilement. Quand la même chose sort de la bouche d’une femme, ça déstabilise. Pourtant, ça ne devrait pas. Ceux d’entre vous qui me connaissent bien savent que j’ai beaucoup d’humour. Gras, pas très raffiné, sarcastique et oui, bien salace. J’y peux rien, ça me fait rire. Si je joue de mon image et de certaines situations avec beaucoup de légèreté, ça ne donne pas le droit d’insinuer quoi que ce soit. Ça ne me définit pas, d’aucune manière. Chose que beaucoup semblent de pas saisir. 

En plus de cela, j’ai le malheur d’écrire des articles dont le thème central est souvent la sexualité. A titre d’exemple, on m’a récemment suggéré de choisir d’autres thèmes, parce que le sexe quand même, c’est un peu provocateur. Je m’abstiendrai de tout commentaire. Je ne vois simplement pas de quel droit une tierce personne peut me dicter quels thèmes aborder ou non. Si la femme est 2019 objectivée dans à peu près 95% des campagnes publicitaires, on lui demande pourtant de bien vouloir rester dans les limites de la décence dans le privé. Si les gens veulent voir du sexe partout (à la télé, dans les journaux etc etc), ils ne veulent surtout pas que les femmes soient trop obscènes et libérées dans le quotidien. 

Comme toutes les filles de mon âge, il m’arrive de porter des tenues sexy ou de poster des photos légèrement dénudées de moi sur les réseaux sociaux. Non pas par provocation, tout simplement parce que j’en ai envie, je ne vois pas vraiment l’intérêt de me justifier. Sur mes réseaux sociaux je reçois des messages obscènes et répétitifs d’inconnus, des sollicitations sexuelles en tout genre, des photos de pénis en érection. Je reçois également des critiques: “tu es provocante dans ta dernière story”, “tu aimes le sexe, ça se voit”, “est-ce que vous vous touchez avec ta copine?”. Non, non et non!

Il s’agit d’attaques injustifiées, de remarques  déplacées, dérangeantes mais surtout fatigantes. Qu’on ne vienne surtout pas me dire que je le cherche en exposant ma vie et mon corps sur internet. Au même titre, une femme légèrement habillée n’incite ni à la drague ni au viol, ni a rien du tout. Je vous préviens, je ne souhaite même pas échanger avec vous si vous tenez de tels propos. Voici un aperçu des limites de mon ouverture d’esprit. Certains propos sont inacceptables en 2019. Mon image dérange dans la rue, mon image dérange sur les réseaux: il s’agit d’une bataille constante pour connaître les limites de ce qui est acceptable ou non, de ce qui va déranger les gens ou non. C’est également inacceptable. 

Mon image dérange également les hommes dans mes relations amoureuses. Si je me présente comme indépendante et libre, je fais peur. Si je mentionne que j’ai eu de multiples partenaires sexuels, j’intimide. Si je suis trop entreprenante je suis une nymphomane. Si au contraire je reste secrète, je ne suis pas honnête. Je suis en fait très lasse. 

C’est vieux comme le monde et admis, les femmes indépendantes et libres ça en effraie plus d’un. Il faut croire que ces traits de caractère touchent certains hommes dans leur virilité, allant parfois jusqu’à carrément les émasculer. Alors forcément quand on en vient à parler de nos expériences passées et qu’on rentre dans les détails, bien souvent les hommes que je rencontre flippent leur race. Si je suis assez tolérante pour pouvoir comprendre ce genre de comportement et de réaction, je n’ai plus vraiment de patience face à ces hommes-là. Pourquoi? Car plus que de les affecter, ceux-ci, en projetant leurs propres insécurités sur moi, atteignent également à ma liberté. Ils se permettent non seulement de me juger par rapport à des expériences passées mais me font également culpabiliser.

J’ai rencontré A. il y a de ça à peu près deux ans. On s’est tout de suite très bien entendus et on a commencé à sortir ensemble. Au bout de quelques semaines, il m’annonce que je l’effraie, à mes cotés il se sent émasculé. Je suis surprise. Il me dit que j’ai beaucoup plus d’expérience que lui et qu’à coté il a l’impression de ne pas faire le poids. Il m’explique qu’à cause de ça, il se sent obligé de redoubler de créativité: il enchaîne les rendez vous avec d’autres filles et va même voir des prostituées pour pouvoir un peu “s’aligner”. Je vous le demande: how fucked up is that? Déjà pourquoi ce besoin de se comparer, et surtout, pourquoi ce sentiment d’inégalité?

S’il ne s’agit que d’un cas parmi d’autres, cette rencontre-là m’a plutôt marquée. Je me suis sentie non seulement jugée mais également dénigrée. De quel droit projette-t on ses propres peurs, limites, et oui, ses propres insécurités sur les autres? Non seulement ce type d’homme se sent menacé mais quelque part également en compétition avec moi. C’est ridicule, c’est affligeant. 

S’il y a bien un comportement qui m’énerve plus que tout, c’est le fait d’émettre un jugement sur une personne par rapport à son passé. Il s’avère que beaucoup d’hommes ont cette fâcheuse tendance. J’ai été jusqu’à éviter catégoriquement de parler de mon passé avec des hommes que j’avais rencontré depuis peu, dans le soucis de ne pas les faire fuir. Puis je me dis que ce n’est ni une solution ni la bonne chose a faire. Récemment également, j’ai rencontré un homme ayant une libido très amoindrie, ce qui n’est pas très fréquent. Si ça ne me dérange en aucun cas, je me suis vue me “restreindre” tant dans les mots que dans les gestes, afin de ne pas le brusquer. Tout cela pour m’entendre dire que je ne suis pas assez patiente. Trop ci, pas assez ça, Je suis moi, point. 

Suppression de la sexualité féminine

Selon Sherfey (1966), la libido des femmes est naturellement plus élevée que celle des hommes, ce qui constitue une forte et déstabilisante menace à l’ordre social. Énormément de femmes ont grandi et vécu en voyant leur sexualité réprimée à large échelle. Le double standard qui définit ce qui est moral ou non en terme de sexualité à établi que certaines pratiques et comportements sont condamnables pour les femmes mais admis pour les hommes. Ainsi, même en 2019, les Don Juans (hommes enchaînant fièrement et ouvertement les conquêtes) ne dérangent personne tandis que les femmes agissant de la même sorte sont vivement critiquées. Les femmes ont depuis très longtemps eu le sentiment qu’il n’est pas “acceptable” d’exprimer leurs envies sexuelles ou simplement d’apprécier le sexe

Répression ne signifie pas une suppression totale de la sexualité des femmes, un découragement progressif suffit: éduquer les petites filles en leur donnant une image négative du sexe par exemple. 

Pourquoi cette répression? Plusieurs théories existent. L’une d’elle avance que l’homme à tendance à voir la femme comme une possession, la répression de la sexualité féminine pouvant servir à garder le contrôle sur une concubine, femme ou partenaire. Certaines théories affirment que l’homme ne souhaite pas voir de femmes trop autonomes, capables de prendre leurs propres décisions, cela constitue une menace à leur contrôle masculin et à leur virilité. Les théories les plus radicales disent que les femmes trop indépendantes représentent une menace à l’ordre social:

“if women are insatiable creatures, their sexuality would, of course, require external constraints, or sexual chaos would reign”

(Faunce & Phillips-Yonas, 1978, p. 86)

Hyde et DeLamater (1997) soulèvent le point qui à mes yeux est le plus intéressant: l’insécurité masculine. Une sexualité féminine insatiable ne représenterait en aucun cas une opportunité pour les hommes mais plutôt une menace. Celle-ci rappelle les limites de la sexualité masculine si comparée avec la sexualité féminine: impossibilité d’avoir des orgasmes multiples, excitation ou manque d’excitation visible etc. De plus, les hommes serait peu sûr d’eux vis à vis de leurs pairs: le degré de virilité, les attributs sexuels, le nombre de partenaires sont sans cesse comparés. Si une femme libre se permet également d’établir des comparaisons, ça pose problème. 

Enfin, beaucoup de cultures placent une grosse pression sociale à la fois sur les femmes et les hommes: la sexualité est étroitement liée à l’honneur et la réputation. Ainsi, la promiscuité d’une épouse ou d’une fille peut être directement reprochée à un homme. Certaines religions imposent des tenues respectables aux femmes, afin de contrer l’excitation que peut susciter certains attributs chez les hommes. Ces pratiquent suggèrent que l’homme externalise les aspects problématique de sa propre sexualité (en voyant la femme comme l’origine du problème). 

Qu’on s’entende (et avant qu’on me traite à nouveau de misogyne) la suppression de la sexualité féminine n’est pas uniquement menée et arbitrés par les hommes. En 1965, une étude démontre que les femmes ayant eu des relations sexuelles avant le mariage sont jugée immorales à 91% par… d’autres femmes (contre 42% par des hommes). 

Etre soi-même

Si nous avons connu une révolution sexuelle ainsi que de grandes avancées en matière d’égalité des sexes,  il existe toujours de réels problèmes pour les femmes. J’en fais l’expérience quotidiennement. Je suis lasse de devoir justifier ma personnalité auprès des autres, d’être dans la retenue pour ne pas choquer, allumer, attiser des envies. Bienvenue en 2019, ou les femmes sont libres, indépendantes, fortes. Bienvenue en 2019 ou les femmes peuvent être à la fois sexy, sexuelles et respectées. Les femmes ne devraient pas à avoir à renier leur sexualité pour être respectées. La sexualité est non seulement naturelle, mais également nécessaire. 

Au lieu de nous juger mutuellement par rapport à notre apparence, à nos goûts, à nos envies: acceptons nous.

Pourquoi juger les autres, pourquoi se comparer?

Au nom de la décence et de la morale? Ces notions en elles-mêmes signifient quelque chose de différent pour chaque individu. Pourquoi est-ce si difficile à comprendre pour tant de gens?

Au nom de nos propres insécurités? Au lieu de les reporter sur les autres, faisons un travail sur nous même. Dans le but non égoïste de devenir des hommes et femmes plus ouverts et plus bienveillants, au final plus heureux, avec ce que nous avons et ce que nous sommes. J’en ai assez d’adapter mon comportement à celui des autres. Je veux être moi-même, en toutes circonstances, que cela convienne aux autres ou non. Que cela les choque, les dérange ou non. Je ne prétends pas vouloir plaire à tout le monde, loin de là. Je veux simplement être une femme respectée

REFERENCES

Cultural suppression of women sexuality https://pdfs.semanticscholar.org/26cf/592c500860d43ceab39d21816654e53e9c6c.pdf

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