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Tinder

Je me suis demandée comment les gens se rencontraient il y a de cela quelques années. Avant internet, avant les sites de rencontres, les applications, tout ça tout ça. On se rencontrait par hasard, dans la rue, au travail, au bar, par des amis communs, bref on se rencontrait partout. C’est toujours le cas aujourd’hui mais il faut dire que ma génération se rencontre maintenant aussi beaucoup en ligne

On passe beaucoup de temps sur notre téléphone. Il suffit de regarder autour de soi dans les transports en commun ou dans la rue, combien de gens ont encore le nez levé? Certainement pas la majorité. On passe beaucoup de temps devant nos écrans, on est absorbés par le monde virtuel, pour souvent en oublier le monde réel. Ma génération dispose de tous types de sites et d’applications de rencontres en ligne. C’est simple, facile, efficace aussi. On peut faire des rencontres partout, à tout moment, que ce soit en suivant sur la cuvette des toilettes ou du fin fond de notre canap.

On se rencontre encore dans le monde réel, mais c’est presque devenu plus rare. Déjà, on n’a pas le temps. Beaucoup de personnes que je connais ne sortent pas dans des bars le soir, car ils sont lessivés de leur journée de travail. Éventuellement nous sortons le weekend, mais les occasions de se rencontrer sont donc moins répandues. Ma génération choisit la facilité: utiliser une app de rencontre c’est pas très contraignant, ça nous facilite la tâche. Plus besoin de prendre son courage à deux mains afin d’aborder la fille qui nous plaît dans la rue, on lui envoie un petit like et on voit si ça match.

Les sites et apps de rencontre sont multiples. Beaucoup d’apps sont basées sur le physique, d’autres sur la localisation ou les centres d’intérêt. Il y en a pour tous les goûts: relations adultères, rencontres entre catholiques, musulmans, entre gens riches et beaux, propriétaires de chiens… Plus besoin non plus de se prendre un gros vent devant ses potes, au pire on te like pas en retour, au mieux ça fonctionne et tu peux tenter un rendez-vous. 

Parmis toutes ces options que nous avons j’ai choisi de parler de Tinder car c’est celle que je connais le mieux. Je me rappelle, au début Tinder c’était super fun. Une de mes potes avait installé l’app et je m’amusais à swiper avec elle. Puis c’est devenu un truc vraiment commun, j’ai moi même l’app depuis plusieurs années. Au début par curiosité, puis par habitude. J’ai eu des phases off, ou j’ai même désinstallé l’app. Puis j’y suis retournée, tout simplement parce que ce moyen de faire des rencontres est devenu normal. Le principe est archi-simple: les photos défilent selon les paramètres que tu renseignes (tranche d’âge, distance) et tu swipes à droite pour un like, à gauche pour un pass.

Beaucoup de gens te diront que Tinder ne sert qu’à une chose: baiser (pour rester bien classe et politiquement correct). C’est pas vraiment faux, pour trouver un coup d’un soir Tinder c’est parfait. Comme l’app se base sur l’apparence, si t’as un peu de chance (et soyons honnêtes, que t’es pas trop laid) tu peux te trouver un plan en quelques swipes. Quand t’es un peu en chien le vendredi soir a 22h, tu peux tenter le coup et binge-swiper jusqu’à ce que quelqu’un accepte de te rejoindre chez toi pour “un dernier verre”. 

Ah Tinder c’est toute une histoire. En fait, à la place d’être un repère de chiens de la casse qui n’ont qu’une seule idée en tête (baiser si t’as déjà oublié), je dirai que c’est plutôt une app qui peut convenir à tous les profils. T’as monsieur et madame tout le monde qui utilisent l’app pour faire des rencontres de tout genre en ligne, comme moi par exemple. T’as ceux qui, effectivement, veulent juste baiser et qui s’en servent pour enchaîner les dates. T’as ceux qui veulent tromper leur copine/mec/femme etc de façon plus ou moins discrète. Il y a les couples qui, pour pimenter leur vie sexuelle (et certainement mettre de côté leurs frustrations pendant un temps) se cherchent un joyeux troisième luron. Ceux-la tu les reconnait parce qu’en général ils mettent des photos du cul de la meuf en floutant leur tronche. Il s’appliquent aussi à écrire une jolie bio parsemée d’emojis de couple qui se tient par la main et de petites flammes/diables. T’as aussi ceux qui (un peu désespérément ) cherchent le grand amour sur Tinder. Il y a ceux qui utilisent l’app pour tenter des trucs qu’ils n’oseraient pas dans la “vraie vie”: penchants  homosexuels, fetish (à coup de jolies petites photos dominatrix hyper mystérieuses) etc. 

Enfin, il y a ceux qui veulent s’y faire des amis. Mouais enfin en général c’est souvent amitié et plus si affinité – qu’on appelle sex friends. J’étais assez adepte de ce deal pendant longtemps. Et sinon la friendzone aussi c’est pratique, quand l’attirance n’est pas réciproque. 

Inconvénients

Selon moi, le principal inconvénient de Tinder est qu’il prône la surconsommation des relations, qu’elles soient amoureuses ou non. Le plus gros problème de ma génération est aussi une chance: la multitude de choix qui se présentent à nous. On a énormément le choix, pour tout. Ça nous ouvre tellement de portes et il y a tellement d’opportunités qui se présentent à nous que ça en devient oppressant. Pour résumer, on a trop le choix. Tinder c’est un peu le supermarché de la rencontre amoureuse, tu sélectionnes ton date comme ton repas du jour, selon ce que tu as envie de te mettre sous la dent.

Le truc, quand on a trop le choix, c’est aussi qu’on en veut toujours plus. T’as beau rencontrer quelqu’un de beau, intelligent, intéressant, tu te diras toujours qu’il y a une centaine de profils qui sont encore mieux. Alors définitivement, on ne se “contente” plus de ça qu’on a, mais on est à la recherche sans fin de quelque chose d’autre, de mieux pas forcément, juste de différent. On veut tout à la fois, c’est si simple qu’on ne s’embête plus: on continue de swiper, on profite jusqu’au prochain date. Pour moi, ce genre de comportement ne nous valorise pas. Il contribue au changement radical de la société, qui est de plus en plus individualiste et égoïste. On est clairement moins empathiques, on date comme on consomme: sans modération.

Beaucoup d’entre nous choisissent d’utiliser des apps comme Tinder de façon “légère”, c’est à dire pour satisfaire des besoins passagers, immédiats (oui, baiser). On va se cherche un plan baise comme on se cherche un snack au shop du coin de la rue. Il va nous satisfaire un moment, on en attend ni plus ni moins. Loin de moi l’idée de critiquer ce genre de pratiques, je trouve simplement que ça manque d’humanité. Cela peut nous convenir à un moment donné de notre vie, grand bien nous fasse, il s’agit d’une simple constatation.

Certains sont ce que j’appelle des serials baiseurs, leur but est simple (souvent honnête aussi): enchaîner les conquêtes. Cela traduit une envie de ma génération de multiplier les rencontres et les expériences. Pourquoi? Tout simplement car nous le pouvons. C’est un peu plus facile à assumer pour les mecs que pour les filles, même si ça se généralise. Quand t’es une fille, que tu multiplies les dates sur Tinder et que tu couches, t’as quand même encore tendance à te faire traiter de salope. Est-ce qu’on baise le premier soir sur Tinder d’ailleurs? Si on se plaît, oui, carrément. Du moins d’après ma propre expérience, et il n’y a rien d’étrange à cela. Encore une fois, ma génération à pris ses habitudes, ce genre de truc est désormais admis, ça ne choque plus personne. 

Le truc aussi avec les rencontres sur Tinder, c’est qu’elles sont carrément moins naturelles que dans la vraie vie. Déjà tu te rencontres par écran interposé et les premiers échanges se font par écrit, sans aucun langage corporel, c’est étrange. Les malentendus peuvent être rapides, et établir une vraie connexion difficile. Si on dépasse le stade du small talk, on peut éventuellement avoir une conversation intéressante. Il faut dire que c’est plutôt rare. Et puis, quand on approche (où qu’on a récemment atteint) la trentaine, on vient tous avec un bagage émotionnel plus ou moins conséquent. Certains sont traumatisés par une rupture, d’autres sont sur la défensive ou jaloux maladifs car ils ont été trompés etc etc. Il n’est pas rare que les premiers échanges écrits aboutissent à un “ghosting” car nous ne savons plus comment interagir les uns avec les autres. Pour ma part, je ne supporte pas qu’on m’inonde de sms à longueur de journée où qu’on me fasse passer un interrogatoire écrit, comme si on tentait de cocher les petites cases d’une liste de compatibilité en même temps. Tout ce qui me paraît forcé ou simplement pas naturel me fait fuir. Autant dire que c’est assez compliqué pour les rencontres virtuelles. 

Ensuite, Tinder (tout comme les autres apps de rencontre) est extrêmement codifié, ce qui rend les rencontres encore moins naturelles. Qui écrit à l’autre le premier? Quelle est la bonne approche? Si tu réponds trop vite, t’as l’air désespéré. Si tu réponds trop doucement t’es pas vraiment intéressé. Si tu proposes un premier date chez toi, t’es facile à baiser. S’il n’écrit pas après le premier rendez-vous, il t’as pas kiffé. Il ne faut pas parler de trucs trop sérieux ni trop persos dès le début, mais ne pas être trop léger non plus etc etc. Si tu dis vouloir une relation de couple, t’es trop naïf, si tu veux juste coucher t’es un salaud/une salope. Franchement, c’est fatiguant. 

Bien souvent au travers de rencontres virtuelles il est très difficile, si ce n’est pas clair dès le début, de connaître les intentions de l’autre. D’où, d’après moi, l’importance de communiquer clairement dès le début. Tu veux juste baiser? Dis-le. Tu veux une relation de couple? Dis-le. Quand t’es sur Tinder tu peux chercher différentes choses, même si c’est rarement de l’amitié. On m’a  récemment dit “il est sur Tinder, il s’attend à quoi? Enfiler des perles?”, ça m’a fait sourire. Quand on se rencontre sur une app comme Tinder, on a quand même l’idée que l’autre cherche plus qu’une amitié. On se retrouve souvent confus, par rapport aux intentions des autres si celles-ci ne sont pas claires. C’est simplement moins facile et plus sujet à l’interprétation que lorsque ça se fait naturellement dans la vie réelle. En gros, pour les rencontres virtuelles, la communication et l’honnêteté sont primordiales. 

Enfin, quand t’es sur Tinder, tu vas forcément rencontrer pleins de creeps. Voila pour moi l’autre GROS désavantage de l’app. Vu que tout se passe en ligne, beaucoup en profitent pour se comporter d’une façon entièrement différente, pour ne pas dire étrange. Je me rappelle d’un mec que j’avais rencontré, au bout de quelques minutes de conversation il m’annonce qu’il adore porter des salopettes en mode commando et qu’on lui ordonne de se pisser dessus en public. Là encore, loin de moi l’idée de porter un jugement sur ses pratiques, simplement je trouve que certains abusent, en imposant des trucs trop persos aux autres. I mean, grand bien te fasse mec, mais j’ai pas envie que tu me racontes tes délires alors qu’on se connaît à peine. 

T’as aussi ceux qui vont t’envoyer plusieurs DM et t’insulter si tu ne leur répond pas assez vite, ou pas du tout. J’imagine que ce sont les mêmes qui te lancent “t’as un ZÉRO SIX mamzelle? Ouaich salope” dans la rue. Le trucs c’est de respecter certaines limites, même en ligne, ce que beaucoup oublient. 

Pour finir, dater sur Tinder à Amsterdam, peut être carrément fatiguant. Sachant que la ville est envahie par les touristes, tu les retrouveras non seulement ahuris au milieu de la piste cyclable mais aussi sur ton app. Le touriste à Amsterdam qui va sur Tinder ne cherche que deux choses: un city trip gratuit et un plan pour pimenter encore plus son weekend entre couilles. En soi, rien de mal à cela. Ceux-ci cependant m’horripilent, j’y peux rien, c’est physique. Les touristes, si vous voulez que je sois votre guide, va falloir payer. En prime je vous laisserai au Red Light District pour votre happy ending. Le cours sur comment respecter les locaux et ne pas être un boulet en revanche, c’est gratuit

Avantages

Tinder à aussi ses avantages. Il serait complètement hypocrite de dire le contraire sachant que je suis une utilisatrice de l’app. Comme je le disais un peu plus haut, on a aujourd’hui la possibilité de multiplier les rencontres grâce à ces nouveaux moyens, ce qui est aussi une chance. Nous avons une multitude de choix, la possibilité de nous rencontrer, d’échanger et d’apprendre les uns des autres – si on dépasse l’idée que Tinder ne sert qu’à baiser.

Tinder ça peut effectivement te servir à autre chose qu’à baiser, tout dépend de l’utilisation que tu en fais. J’étais pour ma part pendant un moment entièrement opposée à cette app. Je criais sur tous les toits que Tinder était un repère à pervers et à weirdos, sans réel intérêt donc. J’ai depuis changé d’avis. C’est sur que si tu swipes à tout-va, dans le but d’aller boire un coup à la va vite pour aller vite fait tirer ton coup, tu ne risques pas d’en tirer grand chose de plus. Moi je pars du principe que l’app me sert à faire des rencontres. Et par ca je n’entends pas forcément des rencontres amoureuses, c’est ce qui fait toute la différence.

Passé un certain âge, ou plutôt stade dans la vie, nous avons à peu près tous le même agenda: travail la plupart du temps, temps libre éventuellement. Les rencontres, de n’importe quel type, sont plus difficiles. Tinder est une façon simple de faire de nouvelles rencontres en dehors de notre lieu de travail et endroits habituels. Ça nous permet clairement de rencontrer des gens qu’on n’aurait peut-être jamais croisés, où sur lesquels nous nous serions certainement pas retournés dans la rue. Tinder, ca peut te servir à te faire des potes et à élargir ton cercle. Pour cela, il faut non seulement être ouvert mais aussi honnête, et accepter de s’intéresser aux gens au-delà de leur physique. C’est plus rare, certes, mais c’est possible. C’est en tout cas l’approche que j’ai. Je ne vais pas mentir non plus, je reste ouverte à plus si affinités et mon intérêt est régulièrement piqué par des profils qui m’attirent physiquement (du moins dans un premier temps). Le truc, c’est que le mec ou la nana à beau être canon, si il n’y a rien derrière, aucun intérêt autre que physique, je n’y vois pas d’intérêt du tout. 

J’ai un peu passé l’âge de swiper pour juste tirer mon coup, pour cela je n’ai pas vraiment besoin d’une app. Je préfère partir du principe que je souhaite me comporter en ligne comme dans la vraie vie: c’est à dire de façon bienveillante. Je n’ai ni préjugés ni attentes particulières. Si quelqu’un me plaît, j’y vais. Si l’attirance physique n’est pas au rendez-vous tant pis, pour moi cela ne signifie pas une déception. J’aime rencontrer de nouvelles personnes, apprendre à les connaître, j’en tire presque toujours quelque chose de positif – tant qu’on me respecte et qu’on ne projette pas sur moi ses propres problèmes personnels. Je me suis rendue compte avec les années qu’en partant de ce principe, mes rencontres sont bien plus agréables.

Je suis bienveillante avec tous, et en général, on me le rend bien. J’ai parfois besoin de couper court à toute conversation, lorsque je ressens que l’autre personne n’est pas stable et qu’elle fait obstacle à mon propre épanouissement personnel, de part ses attentes ou son comportement. Je pose des limites claires, nécessaires, en essayant de toujours rester agréable.  Bien sûr, il m’est arrivé d’avoir de gros coups de cœur sur Tinder. Là encore, je préfère n’avoir aucune attente et me laisser surprendre. Quand on attend trop des gens où d’une situation, on termine bien souvent déçus car la réalité sera différente de ce que l’on s’imagine. 

En gros, pour moi Tinder ne sert pas qu’à baiser. Mais il reste propre à chacun d’en faire l’usage dont on souhaite. 

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