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Pro women – Pro choice: Le droit à l’avortement

Le Sénat de l’Etat d’Alabama à adopté le mardi 14 mai dernier un projet de loi interdisant l’avortement, sauf en cas d’urgence vitale pour la mère ou le fœtus. Il s’agit du projet de loi sur l’avortement le plus restrictif des Etats Unis. De lourdes peines de prison sont prévues pour les médecins pratiquant des IVG. Ce projet de loi ne prévoit pas d’exception en cas de viol ou d’inceste.

Pourquoi en 2019, revenons-nous sur la question du droit à l’avortement dans des pays comme les Etats Unis? Car un clown est à la tête du pays certes, mais quelles en sont également les conséquences pour nous tous? Si l’on retrouve ces informations a la une de la plupart des journaux papiers et en ligne, on n’en parle que trop peu. Je trouve cela révoltant.

Le droit à l’avortement aux Etats Unis: un bref récap

Aux États-Unis, l’arrêt constitutionnel Roe v. Wade de la Cour suprême (1973) soutient que le droit d’une femme à l’avortement est du ressort du droit à la vie privée protégé par le 4e amendement. Depuis, l’avortement est légal, la décision d’avorter revient à la femme enceinte dans les trois premier mois de la grossesse, et est régulée par l’Etat durant le second trimestre. La Cour suprême reconnaît le droit aux Etats fédérés d’apporter des restrictions “raisonnables” à l’avortement.

Dans le Mississippi, Nebraska et Missouri plus de 95% de ces territoires n’auraient plus aucunes cliniques pratiquant l’IVG. Le Texas exclut depuis 2017 l’avortement des assurances maladies. En 2018 un projet de loi reconnaissant l’avortement comme un homicide est déposé en Ohio, rendant les personnes le pratiquant passibles de peine de mort (en vigueur dans l’Etat).

En comparaison, en France la loi Veil autorise depuis 1975 l‘interruption volontaire de grossesse. Celle-ci peut être pratiquée avant la fin de la douzième semaine de grossesse. La procédure est entièrement prise en charge par la sécurité sociale depuis 2016. Le droit français prévoit cependant une clause de conscience, qui permet au personnel médical de refuser la pratique de l’IVG.

La situation actuelle

Le droit à l’avortement est aujourd’hui menacé aux Etats Unis. 28 Etats des Etats Unis ont entamé en 2019 plus de 300 mesures répressives visant à limiter le droit à l’avortement. Le Kentucky et le Mississippi ont ainsi interdit l’avortement dépassé la sixième semaine de grossesse. Des projets de loi similaires sont en passe d’adoption au Mississipi, en Géorgie, Ohio, Missouri et au Tennessee. Dans beaucoup de ces États la plupart des cliniques pratiquant l’IVG ont déjà dû fermer.

L’objectif des promoteurs de ce texte de loi est clair: aller jusqu’à la Cour suprême des Etats Unis afin de revenir sur la décision Roe et Wade de 1973.

Donald Trump, Président des Etats Unis depuis 2017 est ce que l’on appelle un “pro-life”, en faveur de l’interdiction de l’avortement. A grands coups de discours incohérents et propos indécents, Il soutient que les médecins pratiquant l’avortement exécutent sans conscience les nouveaux nés. Suite à son élection, Donald Trump a nommé Neil Gorsuch et Brett Kavanaugh deux juges conservateurs à la Cour Suprême. Les différents projets de loi menaceraient donc directement l’arrêt Roe v. Wade , risquant de rendre l’avortement à nouveau illégal dans tout le pays.

Le droit à l’avortement: un debat qui fait rage

Aux Etats Unis le droit à l’avortement a toujours été un sujet très controversé. On considère la société (qui peut se révéler très conservatrice) divisée entre les pro-choice et les pro-life. Les deux parties seraient pourtant égales à 48%. Un récent sondage avancerait cependant que seuls 34% des américains sont satisfaits par les les lois sur l’avortement.

“Nous défendons les innocents, les vulnérables, ceux qui ne peuvent pas parler pour eux-mêmes » déclare le gouverneur de Georgie. A la limite du ridicule lorsqu’il s’agit de s’ériger en “porte parole” d’embryons ayant à peine quelques semaines.

Les pro-life ont plusieurs autres arguments: la défense du droit à la vie, la défense de leurs valeurs ou convictions religieuses. Si je soutiens que nous sommes tous libres d’avoir nos propres opinions, je pense que cela s’applique dans les faits dans la limite de notre propre liberté. Si nous commençons à prendre nos opinions personnelles pour des faits, et à les imposer comme des vérités universelles applicables à tous, cela n’est ni juste ni acceptable.

Je comprends tout à fait que certaines personnes, de part leurs convictions (qu’elles soient religieuses ou non), refusent de pratiquer une intervention de grossesse. Cependant, quel droit ont-ils d’interférer dans la décision d’une autre personne? Malheureusement il semblerait que les personnes ayant de fortes convictions religieuses, prônant l’amour de tous et des valeurs universelles d’acceptance et de pardon, soient bien souvent aussi les moins empathiques et les moins raisonnées. Forcer une décision, intervenir dans la vie privée d’une personne, surtout lorsqu’il s’agit de son propre corps, relève d’une cruauté et d’un non sens total.

Les conséquences des réformes du droit à l’avortement

Les réformes du droit à l’avortement sont non seulement anti-progressistes (voulons nous vraiment revenir en arrière sur des progrès douloureusement atteints?), mais vont également à l’encontre des droits de l’Homme. Tout être humain en tant que tel et indépendamment de sa condition sociale a des droits inhérents à sa personne, inaliénables et sacrés. Je compte dans ces droits, le droit de faire nos propres choix, lorsqu’il s’agit de notre vie. Sous quel prétexte une personne ou une institution nous donnerait-elle le droit de disposer de notre corps? Quel droit à une tierce personne sur nos choix et notre liberté? La réponse est simple: aucun. C’est ce que semblent ne pas comprendre les personnes qui s’engagent encore, en 2019 dans un combat contre l’avortement. Il s’agit d’une bataille contre les droits humains, qui sont fondamentaux.

Vaut-il mieux donner la vie à un enfant dont on ne peut peut/veut pas s’occuper? Est-il raisonnable et intelligent d’enfanter lorsque l’on n’est pas capable d’offrir une vie correcte à ce bébé? Que ce soit pour des raisons médicales, financières, ou simplement personnelles.

On ne peut pas parler d’avortement de confort non plus. Cet argument me fait frissonner, surtout s’il se trouve placé dans la bouche d’un homme. Qu’on m’explique donc ce que signifie un “avortement de confort” lorsque l’on sait quelles sont les conséquences physiques et psychologiques d’une telle intervention pour une femme. C’est bien sur, est difficilement envisageable pour des politiciens sexistes de 50 ans. Je conseille donc à ces messieurs de commencer par s’éduquer avant de s’avancer sur des sujets aussi importants. Cela dans le but de remédier à leur étroitesse d’esprit (quand il ne s’agit pas de bêtise pure et simple). Enfin, il va sans dire que pour certains de ces messieurs, les réformes sont bien “arrangeantes” si elles leurs évitent de payer pour une intervention résultant d’un rapport non protégé et d’une bêtise partagée . Voilà le seul “confort” que je peux entrevoir.

Il est important aussi de préciser que la plupart des nouvelles restrictions ne prévoient pas d’exception en cas de viol ou d’inceste. La encore, nous atteignons et dépassons le seuil de cruauté. Cela revient a dire a une femme violée qu’en plus de son expérience traumatisante, elle devra porter en porter les conséquences…à vie. Avoir un bébé issu d’un viol n’est en aucun cas facile, mais profondément traumatisant, tant pour la mère que pour l’enfant. À la vue des sanctions prévues par certains États, un violeur peut encourir une peine de prison moins importante qu’un médecin pratiquant une IVG où une femme subissant une IVG suite à un viol. Où se trouve donc la justice dans tout cela? C’est aberrant et inacceptable.

Il serait intéressant de mettre les hommes républicains ayant voté pour les dernières réformes sur l’avortement dans un corps de femme, et d’observer leur parcours dans un monde où l’on traite les femmes comme des êtres sans importance. Ceci étant impossible, je leur propose en revanche de faire un séjour dans des centres d’aide aux victimes de viols. Qu’ils soient en charge d’expliquer aux femmes violées qu’en prime on leur refuse le droit d’avorter, et quelles en sont les raisons (résultant de leurs convictions profondes).

Cela ne se passe pas en France mais cela ne signifie pas que nous ne sommes pas tous concernés. La menace pèse sur nous tous car les Etats Unis pourraient bien être les précurseurs de mouvements radicaux possédant peu à peu le pouvoir de s’étendre à un niveau national puis à travers les continents. Voilà pourquoi nous devons dès à présent nous révolter, que nous soyons un homme ou une femme. Révoltons-nous, et apportons notre aide aux femmes menacées par ces nouvelles directives, car dans le fond, nous sommes tous concernés.

MY BODY. MY CHOICE.

MY BODY. MY FUCKING CHOICE.

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